
Mes séances de coaching m’ont permis de côtoyer de nombreux gestionnaires compétents, engagés, brillants et performants. J’ai eu le privilège d’accéder à leurs pensées profondes, leurs ambitions sincères et leurs visions. Pourtant, malgré leurs grandes qualités, trois axes d’amélioration reviennent constamment : la solitude, le manque de temps de réflexion et la rédaction d’un plan.
1. La solitude du gestionnaire :
Aujourd’hui, les interactions professionnelles se font majoritairement par messagerie instantanée ou visioconférence. Ce mode de communication bien qu’efficace sur le plan opérationnel ne permet pas de créer de véritables liens. Résultat : de nombreux gestionnaires se retrouvent seuls (1) face aux difficultés ou lorsqu’ils ressentent le besoin d’échanger.
Selon Schmouker (2), 38 % des travailleurs vivent une forme de déconnexion sociale, avec des effets notables sur la santé mentale et physique. Cette solitude affecte directement la motivation, la créativité et la capacité à résoudre les problèmes. L’Internet (3) a réussi à rapprocher les gens qui étaient loin et éloigner les gens qui étaient proches. Les causes de cet isolement sont multiples :
Pourtant, nous ne recrutons pas seulement des cadres pour leurs compétences, mais aussi pour leurs réseaux. Un proverbe dit d’ailleurs : « Il vaut mieux connaître quelqu’un que connaître quelque chose. » C’est pourquoi certaines organisations réinstaurent le travail en présentiel ou en mode hybride. Steve Jobs, à son époque, voulait centraliser les toilettes de son siège social pour favoriser les rencontres fortuites, sources de créativité, de stimulation et d’innovation.
Des articles (4) identifient les profils clés d’un bon réseau et montrent une hausse de performance de 26 % (5) chez les gestionnaires qui créent des liens. Un café, un dîner ou un appel sont autant d’occasions à cultiver pour briser l’isolement et bâtir des relations durables.
2. Le temps pour réfléchir :
Combien de gestionnaires prennent réellement plus de 15 minutes par jours pour réfléchir?
La surcharge, les courriels qui donnent faussement l’impression que tout est urgent et les tâches quotidiennes laissent peu de place à une réflexion profonde.
Comme en médecine, le temps de réflexion est dépendant du type de problèmes. À l’urgence, un infarctus est évalué en minutes, pour une fracture dans l’heure et pour un cancer en jours ou mois. L’évaluation varie selon le contexte. En gestion, alors que certaines décisions exigent de la rapidité, d’autres requièrent du recul afin de s’assurer que les décisions prises ne seront pas pires que le problème lui-même. À ce titre, vous comprenez que le meilleur gestionnaire est celui qui prend le temps approprié pour s’interroger en fonction de la situation.
Pourquoi est-ce important de réfléchir :
Des auteurs (6) (7) recommandent des blocs de 30 minutes pour un total de 1 à 2 h par semaine. Comme notre cerveau met 15 minutes pour être productif, il convient que ces périodes soient de plus de 15 minutes sans interruption, sans courriel ou cellulaire. Deux fois 30 minutes dans la semaine seraient un bon début.
Pour ce faire, il est important de planifier ce temps à l’agenda, être dans un lieu calme, dans ou hors du bureau. Le fait de tenir un journal de réflexion ou un carnet de décisions permet de clarifier sa pensée et concrétiser ses idées.
3. Se faire un plan :
Se faire un plan est le corollaire de la réflexion. Certes, un plan structuré fait toute la différence.
Pourquoi planifier :
Un bon plan d’action implique d’avoir bien identifié et relié les éléments suivants (8) (9) :
| Objectif | Actions | Responsable | Échéancier | Ressources | Indicateurs de suivi |
Enfin, découper le plan en étapes concrètes renforce la motivation et facilite le passage à l’action. Un grand plan abstrait peut décourager, alors que chaque petite étape franchie donne un sentiment de progression.
Il est aussi primordial que chaque plan soit accompagné d’une stratégie de communication pour assurer la coordination avec les autres services. Cela devrait contenir :
Conclusion :
Les gestionnaires d’aujourd’hui sont compétents, mais souvent freinés par trois écueils : l’isolement, le manque de temps pour penser, et l’absence de planification pour s’organiser.
Les surmonter ne demande pas plus de talent, mais plus d’intention.
« Avoir un objectif sans plan, s’appelle un vœu » Saint-Exupéry
Si vous avez des commentaires, merci de me les faire parvenir à : gilles.tetu.tgco@telus.net
Gilles Tétu est président de TGCO Inc., coach professionnel certifié PCC(ICF) et auteur en gestion (Journal les affaires, infolettre ACSSS et infolettre Coach Québec.) Il a été cadre supérieur et directeur général dans le réseau de la santé ainsi qu’enseignant à l’Université Laval, conférencier au Québec et à l’international et consultant. Ses sujets d’enseignement au deuxième cycle universitaire ont été la négociation interpersonnelle, la communication et le coaching de gestion. Il donne des formations sur « 90 jours pour réussir » aux nouveaux cadres du réseau de la santé. Il fait aussi du coaching individuel et de groupe.
Bibliographie :
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